Jamais, sans doute, une automobile ne suscita une telle passion lors de sa présentation au Salon de Paris. Sitôt les portes du Grand-Palais entrouvertes, une foule compacte s'est ruée sur le stand Citroën. Dans un climat de folie, les commandes affluaient : 749 en 45 minutes, 12 000 à la fin de la première journée, 80 000 à la clôture du salon… En quelques jours, la dernière-née des Citroën avec sa ligne futuriste et sa technologie d'avant-garde, venait de reléguer toutes ses rivales au musée. "L'avenir nous appartient", disait un concessionnaire. Il ne se doutait pas qu'il lui faudrait attendre plusieurs années avant de savourer son triomphe. En octobre 1955, la DS était loin d'être au point et son système hydraulique révolutionnaire posait encore bien des problèmes. Mais Citroën n'avait plus le choix. Depuis plus de deux ans, les indiscrétions, les photos "volées" paraissaient au rythme d'un véritable feuilleton dans les pages de L'Auto Journal, avec pour conséquence une chute sévère des ventes de la Traction.
Commercialisée trop vite, la DS a ainsi connu toutes sortes d'ennuis pendant plus d'un an. Les quelques centaines (450 exactement) de "pistonnés" qui comptaient parmi les premiers clients (deux ans d'attente pour les anonymes), voyaient leur rêve se transformer en cauchemar. Le fameux "liquide rouge" qui circulait dans la centrale hydraulique s'oxydait à partir de… 40° ! Il devenait alors très corrosif, perçait les joints et se répandait sans aucune pudeur sous le véhicule. Affaissé, commandes bloquées (suspensions, direction, freins, boîte), le vaisseau du futur ressemblait alors à un gros mammifère marin échoué sur une plage. Une situation d'autant plus grave que le réseau des concessionnaires ne connaissait rien au véhicule et se révélait incapable d'effectuer la moindre réparation. Pagaille et panique au Quai de Javel ! En attendant de trouver la solution miracle, Citroën joua la carte de la transparence, reconnaissant les problèmes et mettant en place un système de dépannage 24 h sur 24 destiné à venir en aide et "chouchouter" les clients d'élite. Les sauveteurs (ils n'étaient qu'une poignée à l'époque à s'y retrouver sous le capot d'une DS) se contentaient alors de changer les joints, remettre du liquide, tourner la clef de contact et attendre quelques minutes pour que la DS revienne en position haute, signe évident de guérison.
Dans les mois qui suivirent, Citroën prit le temps de former les techniciens de son réseau, renforça les joints et, faute de mieux, préconisa des vidanges régulières du circuit hydraulique. Le salut ne vint qu'en 1966 avec l'apparition d'un nouveau fluide vert résistant à des températures de 300° et nettement moins corrosif. Entre temps, la DS s'était déjà presque élevée au rang de véhicule mythique et, râleurs ou philosophes, les clients qui étaient tous tombés sous son charme lui pardonnaient tout ou presque
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