A partir de ce soir, dans la poudreuse suédoise, Sébastien Loeb repartira pour un tour. L'Alsacien, qui se réjouit déjà à l'idée de courir sur ses terres en octobre prochain, est décidément insatiable. A bientôt 36 ans, sa faim de victoires reste gargantuesque. Et pas seulement en rallyes. Entretien.
De notre envoyé spécial à Karlstad
- Dans quel état d'esprit abordez-vous cette manche d'ouverture, trois mois après avoir glané votre sixième titre mondial ?
- Toujours avec les mêmes envies : prendre du plaisir et essayer de gagner un nouveau titre. Il m'est difficile de parler d'autre chose que d'une septième couronne mondiale, puisque j'ai gagné les six précédentes...
« En Suède, il y a de sacrés clients »
- Vous avez pris la bonne habitude de remporter la manche inaugurale, avec cinq victoires au Monte-Carlo et une autre en Irlande, l'an dernier. Le fait de débuter en Suède change-t-il la donne ?
- Ce sera plus compliqué pour moi ici. Les victoires dont vous parlez, je les ai acquises sans trop avoir à forcer. C'était sur asphalte, une surface qui m'a souvent permis d'être au-dessus du lot. Là , je ne me considère pas comme le favori. Avec Hirvonen, Grönholm, Solberg, Latvala et Sordo, il y a de sacrés clients.
Si je veux me battre pour la première place, il va falloir que je roule à bloc, avec le risque de terminer dans un mur de neige. C'est un peu la roulette russe ici. Je sais que je suis capable d'y réaliser de bonnes performances. C'est un rallye que j'aime bien. J'espère qu'il va bien m'aimer aussi...
- Quels souvenirs gardez-vous de votre seule victoire en Suède, à l'hiver 2004, la première d'un pilote non nordique ?
- Je me rappelle que cette édition s'était courue dans des conditions assez spécifiques. Il n'y avait pas beaucoup de neige, les températures étaient relativement clémentes et il y avait un mélange de terre et de glace sur les pistes.
« A la place d'Hirvonen, je l'aurais "mauvaise" »
Cette année, c'est un peu l'inverse. Il fait très froid, le sol est gelé en profondeur et recouvert d'une épaisse couche de poudreuse. Je ne suis pas sûr que cela soit en ma faveur. En 2004, j'avais aussi bénéficié d'une erreur de Marcus Grönholm qui lui avait fait perdre beaucoup de temps.
- Le retraité finlandais sera justement sur la ligne de départ. Le considérez-vous comme un adversaire potentiel ?
- C'est un peu son rallye de prédilection. Hormis 2004, à chaque fois qu'il l'a couru, il l'a gagné (il y totalise en fait cinq succès, le dernier en date remontant à 2007, ndlr) ! Là , il va retrouver le baquet de la Ford Focus et aura envie de s'amuser.
En même temps, Marcus ne participe pas au Championnat. J'espère juste qu'il ne viendra pas s'intercaler entre moi et Hirvonen, du moins pas si c'est "Hirvo" qui gagne. Dans l'autre sens, cela ne me dérange pas.
- Redoutez-vous l'esprit de revanche d'un Mikko Hirvonen, vice-champion du monde ces deux dernières années ?
- Si j'étais à sa place, je l'aurais assurément "mauvaise". J'imagine qu'il mettra tout en oeuvre pour me battre. C'est sa troisième saison en tant que pilote numéro un chez Ford, il en assume pleinement les responsabilités.
« Solberg, un candidat crédible au titre »
En dehors de Mikko, je me méfie aussi de Petter Solberg. C'est un candidat crédible au titre, vu qu'il a la même voiture que nous (le champion du monde 2003, qui a monté l'an dernier sa propre équipe, a fait l'acquisition de deux C 4 WRC, ndlr). Je n'oublie pas non plus mon équipier Dani Sordo, en progression constante.
- Comment entendez-vous vous y prendre pour parvenir à vos fins ?
- On a vu l'an dernier que les abandons coûtent cher. J'avais gagné les cinq premiers rallyes, ce qui ne m'avait pas évité de devoir cravacher pour remporter le titre sur la fin, pour un petit point.
L'idée est donc toujours la même : disputer les premières places, mais aussi et surtout finir les rallyes. Cette donne, Hirvonen l'a bien assimilée. Si d'aventure je venais à remporter les cinq premières manches, je saurais que rien n'est gagné !
« Le rallye d'Alsace, je n'y vois que du plaisir »
- Cette saison sera aussi particulière, puisqu'elle verra le Mondial faire pour la première fois étape en Alsace. Cet événement vous tient-il à coeur ?
- C'est forcément un rendez-vous particulier. Moi qui, d'habitude, ne regarde jamais les dates ni les lieux des épreuves, je sais exactement quand je viendrai en Alsace ! On m'en parle déjà régulièrement. J'imagine qu'il y aura énormément de supporteurs. Je n'y vois que du plaisir. Encore plus si le rallye vient jusqu'à Haguenau, chez moi, comme il en est question.
- Avez-vous conscience d'être l'élément déclencheur de cette virée mondiale en Alsace ?
- Je ne suis pas assez impliqué dans le projet pour m'attribuer un rôle si important. Je le soutiens, bien évidemment. La Ville de Strasbourg ou la Région ont d'autres arguments que les miens. Je crois que c'est surtout la volonté de la Fédération (FFSA) de rapatrier le rallye sur le continent qui a tout déclenché, l'aspect financier jouant ensuite un rôle prépondérant.
- Quel regard portez-vous sur l'arrivée de Kimi Raïkkönen en rallye ?
- C'est une bonne chose de voir débarquer un champion du monde de F 1 (en 2007), qui plus est sur une Citroën du Junior Team. L'intérêt médiatique sera accru, le WRC en a bien besoin. Kimi, je l'ai emmené faire un tour dans ma C 4, la semaine dernière, lors des essais. Si je peux lui apporter un peu d'expérience, tant mieux. C'est un gars sympa, pas très bavard il est vrai. Mais comme je ne le suis pas non plus !
« Toujours le goût de toucher à autre chose »
- Après toutes ces victoires au fil des années, la motivation est-elle intacte ?
- Elle est la même (il réfléchit). Bon, avant de venir en Suède, j'ai pris quelques jours de vacances en famille, et je dois reconnaître que c'est aussi agréable. Au moment de retourner au boulot, la motivation n'est donc pas extrême. Je ne parle pas là de l'envie de gagner, mais plutôt du fait de devoir quitter la maison et de me replonger dans le quotidien d'un pilote. Mais à partir du moment où je prendrai place sur la ligne de départ, je serai au taquet.
- En dehors du rallye, vous êtes aussi concerné par les essais avec Peugeot sur circuit. Quelle en est la finalité ?
- C'est déjà de varier les plaisirs. J'ai toujours le goût de toucher à autre chose, à un maximum de choses. Conduire une 908, soit ce qui se fait de mieux actuellement en endurance, est une opportunité qui ne se refuse pas. Les essais sont encourageants, je suis en partie parvenu à gommer mon retard sur les meilleurs spécialistes français de la discipline.
Olivier Quesnel (patron à la fois de Citroën Racing et de Peugeot Sport) m'a proposé de mener un programme parallèle au rallye. Recourir les 24 Heures du Mans fait partie des éventualités. Mais je ne peux pas en parler avant la présentation officielle, programmée le 22 février.
« Pas être le boulet de Peugeot »
- Pourquoi, finalement, en faire autant, alors que vous n'avez plus rien à prouver ?
- Parce que je ne peux pas faire les choses à moitié. Si je veux participer aux 24H sérieusement, il faut passer par la case essais, et cela prend du temps. Je ne veux pas être le boulet de Peugeot. Comme il y a un rallye en plus par rapport à l'an dernier (13 contre 12), les habituels essais C 4, mais aussi le développement de la nouvelle DS 3 WRC, je n'ai plus un jour à moi dans les prochains mois.
La seule façon d'alléger mon emploi du temps serait de renoncer au programme de Peugeot. Ce qui me fermerait la porte du Mans. Or je n'ai aujourd'hui pas l'intention de refermer quoi que ce soit. J'ai toujours envie de gagner, voilà tout.
Propos recueillis par Séb.K.
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